PORTRAITS Exposition de Christine Milla

L’exposition « portraits » au chai de Capendu de Christine Milla présente 19 peintures acryliques sur papier kraft, grand format. Christine est une élève adulte inscrite dans le parcours artistique que propose l’école des Beaux arts de Carcassonne Agglo. Cette exposition est  une étape pédagogique dans le développement de leur pratique artistique.

En effet, la pédagogie initiée par l’école des beaux-arts enjoint les élèves à élaborer un chemin artistique construit à partir d’un projet personnel et mis en résonance avec l’actualité de l’art contemporain. Cet évènement de fin de cycle vient clôturer 4 années des formations à l’école

Depuis trois ans la recherche de Christine Milla s’articule autour du portrait photographique : le portrait, le selfie, l’instantané. Les sujets peints sont des  relations  proches, familiales, et amicales Christine Milla transfigure l’émotion qu’elle ressent, avec ses pinceaux. Quelques gravures sont un prolongement plus intime.

 

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  • Portraits 

J’aime regarder  les photos de gens qui posent, des photos que moi ou d’autres ont prises, de gens que je connais : Un groupe de personnes se montrant heureux d’être ensemble,  une personne seule souriant au preneur de photo… Ou une ou deux personnes faisant un selfie, souriant… à qui ? A soi ? A l’image que va lui renvoyer la photo ? A son immortalisation ?

Ma peinture s’inspire de ces photos qui me parlent. Ces gens, que j’aime peindre, je les connais, ils me sont proches, j’ai vécu avec eux des moments qui me restent et je veux les montrer à l’image de ce qu’ils me renvoient.

 Mon travail est pluriel et s’articule ici autour de trois grands axes : les portraits, les portraits-selfies, les portraits « en situation ».
 Je travaille sur papier kraft, aux pigments acrylique, sur grand format : Le papier, pour sa légèreté (on peut le rouler), son aspect graphique et lisse accompagnant  le  geste spontané. Les pigments acryliques, pour la matité des couleurs et leur séchage rapide facilitant les jeux de superposition.

Le format, pour la liberté gestuelle et l’engagement du corps dans l’acte de peindre.

  • Les portraits

Approcher les visages jusqu’au cadrage « yeux-nez-bouche », ou cadrage serré sur les visages au plus près, pour tenter de saisir ce qui se dit derrière ce sourire et ce regard.

Je peins tout particulièrement des personnes très âgées que je côtoie. Je les montre en très grand, de très près. Trop souvent marginalisées, je veux les mettre au centre de notre intérêt.  Montrer leur réalité : les rides, les traits marqués et déformés, la souffrance, le poids de leur histoire, mais le regard vif. Mais aussi aller au-delà, leur donner la couleur qu’ils n’ont pas, leur  inventer des lignes du visage, les « transfigurer ». Plutôt qu’une représentation physique, je m’attache à la représentation d’une personnalité, que  ma peinture soit le témoignage de la représentation que je veux donner d’une personne. Par les couleurs, les matières, les lignes, ma peinture tente de mettre  jour la substance intérieure de ces visages. Le visage doit frapper par sa force expressive et la manifestation des émotions intérieures.

A cet égard, je suis proche de l’expressionnisme : Munch, Schiele, Kokoschka, Soutine, Ensor… dont l’intensité expressive se manifeste avec d’épaisses textures, d’amples traits de pinceau, la suggestivité des couleurs non naturalistes. Avec eux, la représentation subjective crée la réalité ; ma recherche picturale tend vers cet objectif.

  • Quand je peins un portrait :

Je commence par le fond. J’ai déjà en tête l’idée de ce que je veux faire, mais une idée floue, sous-marine, comme un mot ou une pensée qui affleure à la conscience mais qui n’émerge pas.  Je remplis alors ma feuille de peinture de traces qui me viennent librement, avec toutefois cette petite idée impalpable qui ne me quitte pas.

Puis j’en viens au visage : je le dessine, et entame le travail de la touche et de la couleur. Je travaille sur le regard, le sourire, les rides et les traits marquants. Et peu à peu je bascule, la peinture m’emporte ailleurs, le visage n’en est plus un, il reste des lignes qui ne sont plus là pour générer des formes et qui se mettent à exister pour elles-mêmes , des aplats, des superpositions proches de l’abstraction, des couleurs qui se répondent et rompent avec le réalisme, des coups de pinceau prémédités, d’autres nerveux et spontanés.

En interaction permanente avec le fond, le visage est toujours là, mais plus tout à fait, je l’ai intériorisé.

  • Les portraits-selfies

J’aime utiliser des photos selfies de personnes qui me sont proches pour les peindre. Ces photos de soi, autoportraits pris sur le vif, visant à s’approprier son image et à laisser une trace, révélateurs de l’air du temps, incorporant souvent humour et dérision, m’amusent et m’émeuvent. Ils me rappellent des moments, des lieux, des complicités. Un peu déformés, un peu désincarnés, dénués de contexte, complices ou d’un sérieux apprêté, ces visages   me donnent l’envie de jouer sur les décalages, l’ironie et l’étrangeté. Regard décalé sur le réel, le selfie me paraît une matière intéressante pour jouer sur un double décalage en le détournant esthétiquement et en jouant sur sa réinterprétation.

Pour ce faire, je respecte l’expression du visage et sa légère déformation, typique à certains selfies. Mes visages doivent être monochromes, un peu comme dans des photos noir et blanc, et c’est tout ce qui tourne autour – lignes, taches, bandes colorées translucides, contrastes colorés, couleurs acidulées – qui vient créer le décalage et l’étrangeté.

Je pense alors au Pop Art pour les couleurs, au peintre chinois pour les visages souriants, à Frida Khalo pour ses autoportraits, à ….

  • Les portraits « en situation »

Ce sont une fois encore des portraits de proches qui font partie de ma vie.

 Mais, comme on raconte une histoire,  ces personnages que je peins en pied sont posés dans un environnement anecdotique qui renvoie à une situation vécue, un plaisir, une émotion. Ajoutant à l’expression du visage la gestuelle du corps, des mains, des pieds, ces portraits racontent un instant, intimement liés au lieu dans lequel ils sont installés. Au contraire des portraits et selfies, le contexte dans lequel mes personnages évoluent a son importance car c’est lui aussi qui raconte l’histoire. La plage, la piscine, le hamac pourraient être n’importe lesquels, mais c’est parce qu’ils sont représentés autour d’eux  que mes personnages peuvent transmettre un ressenti, une réminiscence, une émotion.

Je pense à Edward Hopper et à l’émotion que je ressens devant ses personnages dont la sentimentalité et la mélancolie s’expriment dans leur attitude à travers leur environnement quotidien. Je pense aussi aux expressionnistes, E Heckel avec son « Pechstein endormi », Ernst Ludwig Kirchner et sa peinture de « Marcella », et tant d’autres, peignant magnifiquement l’expression de sentiments.